Au Gabon, le général Oligui Nguema s’installe au pouvoir et promet la démocratie

« On va les ranger, on ne sait jamais, ça peut toujours servir ! » Le jeune officier de la police des airs et des frontières lance cette boutade à ses collègues, lundi 4 septembre au matin, en entreposant dans un placard de son bureau deux portraits officiels d’Ali Bongo Ondimba, accrochés jusque-là sur des murs de l’aéroport international Léon-Mba de Libreville. Le militaire n’a aucune idée de l’utilité qu’il pourrait trouver aux deux tableaux de son ex-président. Mais pourquoi s’acharner à détruire ces images déjà révolues qui concentrent tout de même plus de cinquante-cinq années de pouvoir entre les mains d’une même famille. Il n’y a que cinq jours, pourtant, qu’Ali Bongo Ondimba, successeur de son père Omar en 2009, après la mort de celui-ci, a été déposé par un coup d’Etat militaire. Cela semble déjà faire une éternité.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Coup d’Etat au Gabon : la dynastie Bongo, une histoire française

Pour lui, ce 4 septembre est le premier jour d’une nouvelle ère. Car quelques instants plus tard, le nouvel homme fort du Gabon, le général Brice Oligui Nguema, prêtait serment. Impeccablement sanglé dans l’uniforme rouge vif d’apparat de la garde républicaine, poitrine lestée de tout ce que le pays compte de décorations, il a juré fidélité à son peuple, son pays et la démocratie. Un serment fait non pas, comme d’usage, sur la Constitution – il l’a suspendue et promis d’en faire adopter une autre par référendum – mais sur la charte de la transition. Le texte a été écrit en un temps record. On n’en connaît pas encore la teneur.

Le nouveau président de la transition a cependant tenu à s’engager solennellement en présence de tous les juges de la Cour constitutionnelle. A l’exception très notable de leur présidente, Marie-Madeleine Mborantsuo, placée en résidence surveillée comme une poignée d’autres anciens responsables, dont Ali Bongo, sa femme et leur fils. Elle était un rouage essentiel dans la machine à truquer les élections du régime Bongo. Nul doute qu’elle aurait validé, en dernière instance, les résultats frauduleux de la présidentielle du 26 août qui offraient sur un plateau un troisième mandat à Ali Bongo, comme elle le fit en 2016.

« Processus électoral outrageusement biaisé »

Dorénavant, c’est l’ancien commandant en chef de la garde républicaine qui tient les rênes. Et à en croire le général, ce sont d’ailleurs ces malversations électorales qui l’ont poussé à l’action. « Les forces de défense et de sécurité de notre pays ont pris leurs responsabilités en refusant le coup d’Etat électoral qui venait d’être prononcé par le Centre gabonais des élections à la suite d’un processus électoral outrageusement biaisé », a-t-il déclaré lors d’un discours prononcé dans la foulée de sa prestation de serment. « Les forces de défense et de sécurité avaient un double choix : soit tuer des Gabonais qui auraient légitimement manifesté, soit mettre fin à un processus électoral manifestement pipé (…) C’est en toute liberté, responsabilité que nous avons dit non, plus jamais ça dans notre beau pays le Gabon », a-t-il ajouté. En 2016, plusieurs dizaines – le bilan exact n’a jamais été établi – de partisans de Jean Ping qui contestaient la défaite de leur champion, avaient été tuées par celles-ci.

Il vous reste 52.47% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.