En Russie, l’opposant Alexeï Navalny une nouvelle fois condamné au terme d’un procès expéditif

La sévérité de la peine était prévisible. En milieu de journée, vendredi 4 août, le principal opposant russe à Vladimir Poutine, Alexei Navalny, a été condamné à dix-neuf ans de détention dans une colonie à « régime spécial » pour « extrémisme ». Un verdict prononcé à distance, par le tribunal municipal de Moscou, que le condamné a entendu depuis sa prison. L’audience n’a duré que quinze minutes.

La veille du verdict, le condamné, 47 ans, dont deux passés derrière les barreaux, avait lucidement prédit son châtiment. « La peine sera longue, de type “stalinien”, annonçait l’opposant sur sa chaîne Telegram. La formule pour calculer [le verdict] est simple : ce que le procureur a demandé, moins 10 %-15 %. Ils ont demandé vingt [ans], je récolterai dix-huit [ans] ou quelque chose comme ça. Cela n’a pas grande importance, car une affaire de terrorisme survient déjà à toute allure. Ils peuvent me donner encore dix ans [supplémentaires]. »

Le chef de file de l’opposition russe invitait ses partisans à « réfléchir » à la signification de l’inévitable lourde peine. « Son but principal est d’intimider. Vous, pas moi », ajoutant à propos de lui-même qu’il considère « honteux » de se laisser intimider.

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Les dix-neuf années de prison correspondent à la durée totale qu’Alexeï Navalny devra passer en colonie pénitentiaire, en vertu des peines déjà prononcées. Auparavant, il avait été condamné à neuf ans de colonie pour fraude dans l’affaire Yves Rocher et pour outrage à magistrat.

Ecarter à jamais Navalny de la vie politique russe

L’audience – sans les magistrats restés à Moscou – s’est déroulée dans l’enceinte même de la colonie pénitentiaire n° 6 (IK-6) de la région de Vladimir, à 250 kilomètres à l’est de Moscou, où Alexeï Navalny purge sa peine de neuf ans. La presse, soit une cinquantaine de journalistes venus spécialement de Moscou en train, était parquée dans une autre petite salle, d’où elle pouvait observer l’audience sur un écran télévisé mais avec une retransmission sonore quasi inaudible.

Alexeï Navalny, sa défense, un coaccusé et un homme en uniforme de gardien de prison sont apparus derrière trois bureaux alignés en bois contreplaqué, constituant quasiment le seul mobilier d’une salle aux hauts murs d’aspect spartiate.

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Selon les partisans de M. Navalny, l’acharnement judiciaire vise à l’écarter à jamais de la vie politique russe. Ivan Jdanov, l’un de ses plus proches alliés, actuellement en exil, a réagi à la condamnation en détaillant les six articles du code pénal russe en vertus desquels l’opposant était emprisonné. « Création d’une organisation à but non lucratif portant atteinte aux droits des citoyens » ; « financement de l’extrémisme » et « organisation d’une communauté extrémiste », en référence à la Fondation anticorruption (en russe : FBK) dirigée par Alexeï Navalny ; « appels publics à l’extrémisme », fondés sur des publications en ligne d’un caméraman de FBK, et par le discours de l’un des participants à un rassemblement à Oufa en 2017 ; « implication de mineurs dans la commission d’actes dangereux pour la vie », du fait de leur participation à des manifestations auxquelles avait appelé l’opposant.

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