les procureurs de la Cour pénale internationale plaident contre un ex-chef anti-balaka

Les procureurs enquêtant sur des crimes de guerre tenteront à partir de mardi 22 août de convaincre les juges de la Cour pénale internationale (CPI) de traduire en justice un ex-chef de milice centrafricain qu’ils accusent d’attaques contre des civils musulmans.

Maxime Mokom, 44 ans, était le chef des anti-balaka, des milices d’autodéfense formées majoritairement de combattants chrétiens et animistes créées en 2013 en réaction à la prise de Bangui par la Séléka, une coalition de groupes armés principalement composée de musulmans opposés à l’ancien président François Bozizé. Il fait face à 20 chefs d’accusation de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité » pour des atrocités commises en 2013 et 2014, parmi lesquels des attaques dirigées contre des civils, des meurtres, des viols, des pillages et des attaques contre des mosquées.

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Les procureurs vont maintenant chercher, lors d’une audience clé de trois jours à la CPI, qui siège à La Haye, à convaincre les juges que les preuves sont suffisamment solides pour envoyer M. Mokom sur le banc des accusés et être jugé.

Les procureurs ont déclaré que M. Mokom, coordinateur national des anti-balaka selon eux, avait apporté « un soutien logistique aux opérations militaires (…), notamment en fournissant des fonds, des armes, des médicaments et des munitions » et dirigé fin 2013 la planification et la coordination d’attaques contre la capitale Bangui et la ville de Bossangoa (nord-ouest).

« Partir ou mourir »

Les attaques ont forcé des milliers de civils musulmans à fuir la capitale et à traverser la frontière vers le Cameroun et le Tchad voisins. « Beaucoup ont marché pendant des semaines (…) tout en étant pourchassés, ont déclaré les procureurs. D’autres ont été déplacés dans des enclaves, où ils ont ensuite été confinés. » Les attaques « généralisées et systématiques » contre des civils musulmans des milices anti-balaka se sont poursuivies même après le retrait de Bangui des forces de la Séléka jusqu’en décembre 2014 au moins, ont-ils affirmé : « Le message adressé à la population musulmane était clair : quittez la RCA ou mourez ! »

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Les violences en Centrafrique commises par la Séléka et les anti-balaka – qui signifie « anti-machette » – auraient fait des milliers de morts et plus d’une centaine de milliers de déplacés, selon la CPI.

Les autorités tchadiennes ont remis M. Mokom en 2022 à la CPI qui avait émis un mandat d’arrêt contre lui quatre ans plus tôt. La même année, le commandant de la Séléka, Mahamat Said Abdel Kani, a nié les accusations de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité » devant la juridiction créée en 2002 pour juger les pires crimes au monde. Enfin, le procès de deux anciens chefs de guerre anti-balaka, Patrice-Edouard Ngaïssona et Alfred Yekatom, commencé le 16 février 2021, doit se poursuivre mardi lors d’une nouvelle audience.

Le Monde avec AFP